Texte Véra de Commarque Et Guillaume Guené
Septembre 2025
L’église
Notre Dame de la Nativité est une église du, XIIème et du XIIIème siècle.
https://pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/PA00082419
Probablement construite sur le site d’un sanctuaire du XIème
Bases
L’histoire de cet édifice est liée à l’évolution historique du Périgord. Au 6ème siècle les Romains occupaient notre région, un sanctuaire y fut certainement édifié, et les colonnes de marbre d’une église tout en pierre de taille, parfois grossière, doivent avoir été récupérées sur ce bâti gallo-romain, qui devait se trouver à faible distance.
Par contre, les sépultures datées Xième ou XIIème siècles et postérieures à la construction de l’édifice, qui ont été trouvées en 1980 dans la venelle Sud, sont décrites et répertoriées par la Société Historique et Archéologique du Périgord.
https://docs.shap.fr/BSHAP/BSHAP_1984-1.pdf
« Les tombes trouvées sur le chemin de la Poujade l’attestent. Les corps des sépultures étant positionnés face contre terre et certains comportaient des vases remplis de graines, posés sur leurs têtes. Ces symboles de fécondité étaient réservés aux femmes. »
Ces découvertes (Citées dans une lettre du Marquis de Commarque antérieure à 1835 – cf Questionnaire C.Brard ), sont répertoriées dans des ouvrages de références que sont « La Carte Archéologique du Périgord de Hervé Gaillard ou Le Dictionnaire Topographique du Vicomte de Gourgues. Mais la lettre qui situe cette découverte au lieu-dit Las Moureynas (Éboulis de pierre) n’a pas été archivée, et le lieu-dit a dû changer d’appellation lors de la création du cadastre vers 1834.

Contexte historique
Le XIème siècle est relativement apaisé pour le Moyen-Âge.
Les scandinaves au Nord (Que nous nommons Vikings ou Normands) ont cessé leur expansion en acceptant les fiefs de Normandie et d’Angleterre, les sarrasins au Sud en ont fait de même avec l’Andalousie et quelques comptoirs sur la côte d’Azur, comme Ramatuelle (Rahmat Allah, la providence divine)
L’Art Roman au XIème siècle
Fort de cette accalmie, on rouvre les voies commerciales, et avec elles se repend dans toute l’Europe, et grâce aux moines, la culture que nous nommons « Romane », (appellation du XIXème siècle), et qui regroupe tous les arts, dont l’architecture, liés au culte de l’église catholique, apostolique et romaine du début du deuxième millénaire.
A cette époque, ce culte est spirituel et sobre, l’architecture qui en découle traduit cette sobriété.
On adopte partout le plan basilical, allongé d’Est en Ouest, et la voute en berceau, courbe simple et continue.
Les ouvrages sont peu élevés, massifs, avec de rares ouvertures, les églises étant enchâssées dans les bâtis du village, avec juste le tympan d’entrée, et le chevet qui sont dégagés.
Il y a peu de décorations, les plus riches présentant parfois, plusieurs travées de colonne, formant collatéraux comme à Cadouin, et un plan en croix, avec le transept, dont les petites branches sont dédiées à des chapelles de prière.
Le chevet, extrémité Ouest de la chapelle, après le chœur et l’autel, est souvent en abside (1/2 lune) avec la voute en cul de four (1/4 de lune).
L’évolution au XIIème siècle :
A mesure que les techniques de construction s’améliorent et que le Clergé augmente son pouvoir, l’architecture s’élève comme à Saint Sernin (Toulouse), les ouvertures se multiplient, les ornementations se chargent…et quelques arcs à ogive apparaissent.
La nef et le chœur sont recouverts de peinture de scènes bibliques ou chevaleresques comme à la chapelle St Christophe au-dessus de Montferrand du Périgord, ou celle de Redon-Espic au-dessus de St Cyprien-Castels
Le chœur de l’église d’Urval
Nous sommes bien en présence d’une voute en berceau, mais ni abside, ni cul de four. C’est un plan carré, avec une arcature simple présentant des colonnes peu ornées et toutes différentes. Elles sont la signature de plusieurs compagnons tailleurs de pierre, de niveau technique différent, comme en témoignent les appareillages des murs qui vont de la roche morte (moellons directement issus des coteaux) à la pierre de taille en passant par la pierre dégrossie.
On remarquera les deux colonnes en marbre noir, qui au regard de la maîtrise des artisans, ont très certainement été récupérées ailleurs, peut-être dans une villa gallo-romaine ou dans le sanctuaire initial.
La reprise des conflits dans la seconde moitié du XIIème siècle :
Le contexte géopolitique se crispe lors, entre-autre, du second mariage d’Aliénor d’Aquitaine, avec le roi d’Angleterre, faisant du suzerain outre-manche, le vassal du roi de France. On construit donc des châteaux forts, comme à Beynac et Castelnau, et autour, des villages qui ont deux vocations.
La première est de rendre complexe l’accès à la forteresse, pour une armée avec ses machines de guerre, la seconde de permettre à la population de se replier dans la « bassecour », sous la protection de son seigneur.
La partie fortifiée de l’église d’Urval
Mais ici pas de place forte, ou de présence d’un seigneur de la Noblesse, avérée avant le XIIIème siècle et la tentative de construction d’une forteresse par les Anglais à Castel-Réal, que le roi de France fait stopper en mettant la tour sous séquestre par une arrêt du Parlement de Paris en 1268.
Arrêt confirmé en 1281 lors d’une demande en annulation.
https://francearchives.gouv.fr/fr/facomponent/425f4814202b5a6d4727716208efaaebcb846104
Quant-aux anciens repaires nobles de La Bourlie, et la Bourgonnie, ils datent toutes les deux du XVème siècle, même si à la Bourlie, des traces d’ouvrages défensifs (Archère, mur anti-boulets…) font penser qu’il existait une ancienne place forte de la Châtellenie de Belvès.
La population dans ce cas doit chercher refuge auprès de l’église, car on y a normalement la vie sauve, ce qui donne les noms de Sauve Majeure ou Sauveterre de Guyenne en Gironde ou plus près, à Cadouin, la Salvetat.
Ceci étant, on ne fait pas la guerre en permanence à cette époque, car la loi féodale, codifiée par Charlemagne, limite la levée de l’Ost (armée) entre 40 et 60 jours pour préserver l’activité économique, essentiellement agraire, donc nourricière.
Entre deux conflits, certains ne peuvent ou ne veulent revenir à la vie civile, et constituent des groupes de pillards qui écument les campagnes. Au XIVème siècle ceux-ci atteindront leur apogée, avec des armées bien commandées et lourdement équipées appelées « Compagnies de routiers ».
A la fin du XIIème siècle, il s’agit de petits groupes très mobiles et aux armes légères, mais sans foi, ni loi, dans le vrai sens du terme, et ne respectant donc pas le sanctuaire religieux.
C’est contre ce type de danger, que Notre Dame de la Nativité va être fortifiée.
On va en premier protéger les deux parties exposées, en renforçant le fronton d’entrée, car toute ouverture est un affaiblissement de la structure, avec l’épaississement du mur pour éviter qu’il puisse être facilement sapé, et en s’écroulant fasse tomber la totalité de l’édifice.
On va également construire à l’Est, au-dessus du chevet, un mur de défense, et y installer des hourds, ces échafaudages de bois fermés, desquels il est possible de tirer à l’arc ou de jeter des pierres tout en étant à l’abri. Vous trouverez des reconstitutions de hourds à Castelnaud.
Les modifications de la fin du XIIème siècle
A l’origine les églises présentaient des nefs simples avec charpente apparente, la largeur de cette nef étant directement liée à la portée des bois.
Puis certaines, pour éviter la propagation des feux, se couvre de plafond en lattis de bois plâtré (Le bacula), en sous-face de cette charpente.
Dans cette fin de siècle où l’église renforce son pouvoir, une évolution notable va être engagée dans ces édifices.
Le retour de la voute, en berceau pour cette période, symbole multiple d’élévation spirituelle, mais aussi de puissance.
Cette évolution suppose un choix technique. La voute en pierre, solide, majestueuse, est lourde, et sa poussée sur les murs supposes des renforts, ou même des contreforts. Les paroisses moins aisées vont donc choisir de réaliser ces voutes en berceau, en lattis de bois ou en bacula.
C’est le début de l’évolution qui aboutira au XIIème siècle au ouvrages gothiques.
https://decoder-eglises-chateaux.fr/voutes-definition-fonction-et-typologie/

Les modifications du XIIIème-XIVème
Au XIIIème siècle, l’église s’agrandit par la construction très simple de la nef et de son porche. Pour relier le chœur à la nef : l’archivolte (Sculpture nervurée qui suit l’arc de la voute) se repose sur deux colonnes engagées à chapiteaux décorés d’entrelacs et feuillages, symboles de vie et de croissance.
Par la suite, la tour a été surélevée pour réaliser le clocher et deux ouvertures ont été faites dans les murs latéraux. Une à arc brisé au Sud, et une à arc double au Nord, pour accéder au premier presbytère aujourd’hui disparu.
A indiquer : les cloches dont une, date du XVIème siècle et répertoriée à l’inventaire campanile. Le mur abat-son de défense était supposé

Mais surtout, ici, va être construit une sorte de donjon. La nef initiale est totalement refaite avec des ouvrages aux murs plus massifs, et aux appareillages plus lourds. A cette occasion un arc triomphal en plein cintre qui retombe sur des colonnes engagées avec des chapiteaux sculptés d’entrelacs et de rinceaux de feuillage est réalisé.
Au-dessus de la nouvelle nef, se trouvent les chambres de défense. On y accède aujourd’hui par un escalier de couple métallique, mais au XIIème siècle, c’était des débords de pierre ou des madriers de bois enchâssés dans l’enceinte, rendant la montée à peine praticable en habits léger, donc impossible avec épées et écus.
En haut une porte basse qui oblige à se courber, donc à se mettre en danger quand on pénètre.
Ajoutons à cet ensemble, des meurtrières qui attestent bien d’un ouvrage militaire plus que religieux. Les pillards ne pouvant monter dans ce donjon, et ne pouvant tenir un siège sans que les hommes du gué du seigneur, sa garde permanente, ne soient prévenus, n’avaient plus qu’une possibilité. C’est celle d ’incendier l’église avec la population dedans. Ici, en l’état, allumer un brasier dans la nef, c’est assurément immoler ceux qui sont réfugiés au-dessus.
En réalité, il manque à notre ouvrage, un élément essentiel, dont on voit la trace dans la pierre, en partie haute.
Il existait en fait, une voute en berceau faite d’un lattis de bois recouvert de plâtre (Le bacula décrit plus haut) qui assurait probablement le coupe-feu. Ce matériau est encore utilisé aujourd’hui pour cette propriété. Cette voute a également été support de symboliques religieux et chevaleresques.
Malheureusement, en mauvais état, cette voute a été démolie dans les années soixante.
http://francois.caussin.free.fr/qrapos/voutes.pdf

Le XVIème siècle et les Grandes Familles
Comme le voulait la tradition des chemins d deuil ou « litres », ceux-ci furent peints au cours des âges : dans le chœur, les armoiries des Saint Ours, seigneurs de la Bourlie, représentant un ours sur fond de sable, datant du XIVème siècle.
https://man8rove.com/fr/blason/paskwr8-saint-ours-alias-saintours-xaintours
Au-dessus de la colonne engagée de l’archivolte, on peut remarquer les armoiries de Pons de Chabans, décédé en 1594 et alliés des Saint Ours.
En parcourant la nef, toujours côté droit, se trouvent les armoiries des Montalembert, XVIIIème siècle.
Au-dessus du porche les armoiries Montalembert et Clermont-Touchebœuf, seigneurs de Mouzens, fin XVIIIème, sur la rive opposée de la rivière Dordogne.
Toutes ces armoiries parlantes émanent des familles qui se sont succédé à la Bourlie.
Avant de sortir : remarquez la pierre saillante qui servait de bénitier.
La chapelle latérale a été construite au XIXème siècle, ainsi que la sacristie. Son retable provient de l’ancienne chapelle de la Bourlie. Celle-ci a été démolie par Blanche de Cugnac, épouse de Louis de Commarque.
https://man8rove.com/fr/blason/crahy7e-commarque-alias-comarque
Elle fit édifier le Couvent dans le village, pour l’éducation des filles. A cette période, le cimetière qui se trouvait au-dessus, autour du presbytère, fut déplacé route de Cadouin, ainsi que la chapelle funéraire.
En contournant l’édifice, coté Est, on peut remarquer une rangée de modillons (Pierre en débord, supports de corniche ou de pièces de charpente, et sculptées) représentant des têtes et des formes géométriques, dont l’analyse interpelle. Le mur abat-son a déjà été signalé pour son assise.
En partie haute de la place, au-dessus du four banal du XIVème siècle, propriété communale (*), se trouve le presbytère, avec une architecture attractive, dans lequel se trouve une fontaine caractéristique.
Elle est classée Monument Historique depuis 1926.
L’ensemble de l’église et du four banal est accessible, sous réserve de s’assurer de la fermeture des portes.
La Toponymie
Pour l’anecdote, le terme Urval, prononcé « ourval » signifie « bon accueil » en suédois… (*)
La première mention écrite connue du lieu est relevée dans un pouillé du XIIème siècle sous la forme Urvals, avant d’être cité en 1462 sous la forme Orval. Cette toponymie pourrait provenir de : Uro personnage des légendes germaniques (Chantal Tanet et Tristan Hordé, Dictionnaire des noms de lieux du Périgord, Éditions Fanlac, 2000, (ISBN 2-86577-215-2), p. 414.)
Ur en proto germanique signifie original, primordial
Ur en gaulois signifie Un
Dur en breton signifie l’eau.
Val ne présente aucune ambiguïté et signifie val, vallon, vallée.
Le four banal
Revenons à l’absence de place forte.
Tout lieu du royaume France, en cette époque du Droit Coutumier, est un domaine seigneurial.
S’il ne s’agit ni du roi ni d’un de ses vassaux nobles, c’est donc le Clergé qui y fait la loi.
A Urval, c’est l’Archevêque de Bordeaux qui est Seigneur temporel de la Châtellenie de Belvès dont dépend le presbytère.
Comme tout seigneur, il doit respecter ses devoirs féodaux pour bénéficier des droits, et dans ce cadre mettre à dispositions de ses gens, les banalités : le four, le moulin et le pressoir. En contrepartie, les serfs ne pouvaient utiliser d’autres équipements et payaient leur maître en nature (pain, farine et vin).
Nous avons la chance dans cette commune d’avoir un four banal du XIVème siècle, proche d’un moulin qui même s’il est plus récent, est en lieu et place du moulin banal de l’époque.
Le pressoir a disparu, laissant juste son nom à un lieu-dit, un peu plus haut sur la rivière le Peyrat, (Qui avec le Fontanelle autre ru en aval, justifie le nom d’origine celte de la commune « la vallée de l’eau »).
Le four et le moulin sont toujours séparés, afin de protéger le moulin des risques d’incendie, et le four des risques de crue, même s’ils sont souvent gérés par la même personne, le fournier.
Le seigneur lui a transmis deux autres de ses droits : celui de bois dont il a besoin pour chauffer le four, et celui de « viande » avec quelques niches à pigeons.
Cet édifice, Inscrit Monument Historique depuis 1941, comporte au-dessus du foyer, le logement du servant, qui bénéficie de la chaleur de la cuisson, non négligeable en hiver.
Il a perdu sa toiture de lauze (pierres) en 1853 au profit de tuiles plates et fonctionne jusqu’en 1914.
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En 1962 Léon Poirier, Maire passionné d’histoire et d’archéologie initie une campagne de restauration du bourg médiéval. Les artisans du Village Jean Mares (maçon) et Albert Salanier menuisier assurent les travaux du four banal. Dans les années 1970 Pierre Mauléon, boulanger à Siorac, remet en chauffe le four et cuit le pain… ses enfants et petits-enfants reprennent aujourd’hui le flambeau. Grâce à eux et malgré ses plus de 600 ans, à l’occasion de la fête du village et des Journées européennes du patrimoine, de magnifiques fournées de pains sortent du four pour le plus grand bonheur des habitants et des visiteurs.
La municipalité, consciente de la valeur de ce magnifique patrimoine assure régulièrement la conservation et l’embellissement de ces deux monuments. L’église a notamment fait l’objet d’une importante restauration en 2022-23.
